Pendant cinq mille ans, l’art chinois s’est crée autour de la calligraphie, du paysage et du portrait. Dans les années 1960, le régime communiste est à son apogée en Chine, influence et dicte le panorama artistique à des fins de propagande. Une trentaine d’années de répression plus tard, la scène de l’art commence enfin à frissonner et à se développer pour déboucher à un langage novateur fruit d’une lente mutation qui va de pair avec le déroulement de l’histoire de l’ancien empire du milieu.
En 1966, le communisme guide la politique, l’économie, le social ainsi que la culture.
Culture qui va être mis à mal par Mao Zedong avec l’appel à la purification idéologique, une gigantesque opération de reprise en main consistant en un investissement total des milieux artistiques et militaires : c’est la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne »
Les partisans du maoïsme se lancent alors dans une opération de sapage des « quatre vieilleries » soit éradiquer les fondements traditionnels de la culture chinoise : pensées, coutumes, mœurs, cultures anciennes. Cette « révolution culturelle » est accompagnée de purges, des million d’intellectuels sont envoyés dans les campagnes afin d’y être rééduqués par les paysans.
La propagande est à son apogée grâce aux Gardes Rouges, un mouvement étudiant manipulé, qui avec l’aide d’affiches et de lutte partent à l’assaut de tout opposant à la dictature du prolétariat.
Enfin des « assemblées populaires » sont organisées par les Maoïstes ayant pour but d’expliquer aux artistes ce qu’ils doivent créer sous l’apparence absurde d’un art « démocratique»
L’art officiel prévaut et est instrument de propagande, la purification idéologique se veut un art populaire contre l’art bourgeois où les médiums sont ceux du peuples (affiches, bols). Le Parti fait contribuer de force les plus grands artistes à la Révolution Culturelle ainsi qu’un majorité d’artistes sans créativité particulière.
La culture est alors dans une aporie, comment l’art qui est alors enchaînant au lieu d’être libérant va t-il se développer ?
Les bouleversements à la mort de Mao Zedong
A la mort de Mao et à la fin de la Révolution Culturelle, les artistes ont étés les premiers à remettre en cause le dogmatisme du Parti.
En 1978, Wang Keping est son œuvre « Idol » représentant Mao en Bouddha défie par cette vision iconoclaste l’adoration des masses pour leur chef. Ce geste est alors extraordinaire dans un pays où l’expression culturelle est réprimée et parfois même punie de la peine capitale. Wang Keping, eu une influence majeure dans les prémices du mouvement d’art contemporain en Chine.
Désormais, c’est de Chine même qu’apparaissent les nouvelles expériences picturales parallèlement à une extraordinaire prospérité économique grâce à l’ouverture au libéralisme.
Après l’ère maoïste, de nombreuses expériences ont vu le jour en dépit de la censure du gouvernement. Le groupe « Stars » dont Keping fut un acteur essentiel, est le plus notoire, ces artistes non officiels installèrent en 1979 leurs œuvres devant le Musée National des beaux-arts, l’interêt du public poussa le musée à réinviter le groupe l’année suivante mais la police ne tarda pas à fermer l’exposition. De nombreux artistes quittèrent la Chine, notamment suite aux persécutions suite aux évènements de la Place Tienanmen, mais la dissidence ressurgit quelques années plus tard. L’art bouillonne en Chine, les artistes ont alors commencé à défier de plus en plus le Parti à coups d’happennings artistiques souvent ponctués d’arrestations.
La combativité est au cœur de la scène artistique chinoise et la douleur est au centre des artistes de l’ancienne génération qui utilisaient tous les moyens afin de défier les autorités. Comme Ma Liuming qui exposait son corps nu afin de provoquer le Parti, aujourd’hui cette douleur est moins présente chez les jeunes artistes qui eux proposent un art plus rayonnant, libéré et optimiste. La scène artistique chinoise contemporaine offre désormais au monde des visages d’enfants monumentaux, enfants souriants, le nouveau visage immaculé de la Chine.
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